VIème Congrès de l’Association Française de sociologie 2015. Appel à communication du RT16

logoAFs3Nous avons le plaisir de vous communiquer l’appel à communication du réseau thématique « Sociologie clinique » (RT 16) pour le VIème Congrès de l’Association française de sociologie (AFS) qui se tiendra à l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines du 29 juin au 2 juillet 2015.

Les risques de la « monodisciplinarité »

Pour exister en tant que discipline, la sociologie a dû se singulariser, se situer, identifier des « frontières », des objets et, pour paraphraser les termes d’Émile Durkheim, se préoccuper de caractériser et définir la méthode qui doit être appliquée à l’étude des faits sociaux (Durkheim, 1894). Cet effort permanent, rendu perpétuellement inachevé par le renouvellement des questions qui lui sont adressées, contribue depuis sa fondation à son propre renouvellement théorique et paradigmatique. Pour autant et précisément parce que la sociologie semble aujourd’hui, grâce à ces efforts, jouir d’une assise et d’une légitimité particulièrement forte, n’est-elle pas aussi en capacité – voire dans l’obligation – de dialoguer avec d’autres disciplines scientifiques ? À partir de sa place ancrée au cœur des sciences sociales, n’est-ce pas essentiel de mobiliser d’autres cadres théoriques ? Dès lors que ses objets se font plus complexes, leur compréhension n’appelle-t-elle pas de fait des regards pluriels (Morin 2005), au risque d’une « monodisciplinarité » ne saisissant plus ces problématiques dans leur totalité ?

Cette question s’est imposée à la sociologie clinique et ce, dès son origine. Cette discipline s’inscrit de fait « dans ce courant qui a toujours existé depuis M. Mauss, selon lequel les phénomènes sociaux ne peuvent être appréhendés « totalement » que si on y intègre la façon dont les individus les vivent, se les représentent, les intègrent et les agissent » (Gaulejac, 1993, p. 12). Au travers d’une volonté affirmée de ne pas se laisser délimiter autour d’un seul objet social, la sociologie clinique s’est donnée pour objet de démêler les nœuds complexes entre déterminismes sociaux et déterminismes psychiques. Cette démarche a rendu nécessaire l’apprivoisement de cadres de références aux origines multiples, jusque-là extérieurs à la sociologie, tels que ceux issus de la psychanalyse et de la psychologie sociale.

L’ouverture aux disciplines des sciences humaines est aujourd’hui encore l’objet d’élaborations et de réflexions. C’est tout d’abord sur l’actualité de ce travail d’articulation que nous souhaitons que les propositions de communication puissent nous éclairer. Dans quels champs de recherches, sur quelles questions actuelles ou renouvelées ces liens sont-ils aujourd’hui mis au travail ? Comment ce dialogue est-il source d’innovations théoriques, méthodologiques ou épistémologiques pour la sociologie en général ou pour la sociologie clinique en particulier ? À quels obstacles ce projet s’affronte-t-il ? Des spécificités propres à la sociologie clinique se dégagent-elles dans la mise en œuvre de ce dialogue vis-à-vis de ses approches voisines et parentes que sont la psychosociologie clinique, la psychologie sociale clinique, la psychopathologie du travail, la clinique de l’activité, la sociopsychanalyse, la psychanalyse groupale, l’analyse institutionnelle ou encore la socianalyse ?

Ensuite, nous souhaitons inviter les communicants à prolonger cette réflexion au-delà des sciences humaines. Comme nous y invite en creux la thématique de ce congrès, n’y a-t-il pas intérêt à élargir ce dialogue et ce travail d’articulation aux sciences de la nature ? Ne sommes-nous pas, en dépit de tout ce qui peut sembler opposer les faits (psycho-) sociaux aux faits de nature, des êtres vivants inscrits dans un environnement complexe ? Des utilisateurs d’objets technologiques ? À l’inverse, ce dialogue n’est-il pas déjà sollicité par la biologie, la géographie, les sciences médicales ou les sciences de l’environnement ? De quelle manière la sociologie clinique répond-elle à cette invitation ? Qu’en est-il de ces opportunités et de leurs issues ?

Une fois ce dialogue entre disciplines engagé, de quels outils méthodologiques et conceptuels le chercheur peut-il se munir pour observer la réalité complexe qui se donne à voir ? Comment penser la complémentarité des approches ? Se situe-t-on du côté de la pluridisciplinarité, de la multidisciplinarité, de l’interdisciplinarité, ou d’une transdisciplinarité telle que la décrit Enriquez, lorsque le concept issu d’une discipline est adapté pour éclairer le regard porté par une autre ? De quelle manière cette transdisciplinarité peut-elle se construire ? Et sur quelles bases épistémologiques s’étaye-t-elle ?

Par ailleurs, par son attachement à la dimension existentielle des rapports sociaux, comment la sociologie clinique analyse et se confronte aux processus de « naturalisation » et de  « biologisation » de la souffrance psychique et sociale ? Quels liens élabore-t-elle entre les transformations sociales contemporaines et la psychopathologie, la société et la santé mentale autrement dit, à partir de symptômes aussi divers que le burn out, l’épuisement professionnel, les addictions, les personnalités limites et les troubles bipolaires… ? De même, en tant que (psycho)sociologie d’intervention, comme le sociologie clinique met-elle au travail ses interlocuteurs enclins à naturaliser et réifier leurs comportements, ceux d’autrui ou encore les organisations sociales auxquelles ils appartiennent ?

Ces quatre axes de recherche constituent autant de pistes offertes aux contributeurs pour réfléchir le dialogue qui peut s’engager entre la sociologie clinique et d’autres courants scientifiques, qu’ils appartiennent ou non aux sciences sociales. Les conditions de ce dialogue, ainsi que l’apport d’une telle synergie pour une meilleure prise en compte de la complexité actuelle des réalités sociales auxquelles sont confrontées les acteurs, seront de préférence ancrées dans des données de terrain.

Texte de l’appel à communication et procédure de soumission (à diffuser largement) : ICI