Les politiques de réconciliations. Analyses, expériences, bilans

les-politiques-de-reconciliations-de-jean-claude-bourdinVient de paraître : « LES POLITIQUES DE RÉCONCILIATIONS Analyses, expériences, bilans » sous la direction de Jean-Claude Bourdin pour la Collection « La philosophie en commun » chez l’Harmattan.

Comment les sociétés gravement affectées par une période de violence et d’arbitraire sortent-elles de la répression, de la division de la société et de la guerre civile ? Elles ont souvent eu recours à l’amnistie sans phrase, aux tribunaux ou à l’épuration. Le temps finit aussi, comme on dit, par effacer les blessures et les rancœurs ; l’arrivée de nouveaux venus affaiblit le souvenir des souffrances des luttes et de la répression. Mais lorsqu’il y a eu manifestes violations des droits de l’homme, le silence et l’oubli sont répugnants. Or, voilà que dès 1983, en Argentine, une fois la dictature militaire renversée, on avance un mot non pas nouveau, mais auquel on fait porter une charge éthique nouvelle et une trame politique inédite: la réconciliation. Pour réaliser la réconciliation les nouveaux régimes politiques mettent en place des Commissions qui se donnent pour objet la Vérité, la Justice, la Paix, l’Unité. Les commissions de réconciliation travaillent dans des contextes toujours particuliers mais partout elles soulèvent des débats intenses et riches. Les vieilles notions de Vérité, Justice, Paix, etc., sont investies de valeurs et de significations contradictoires et sont l’objet de conflits qui vont jusqu’au différend entre les acteurs de ces politiques. À la réconciliation attendue s’ajoutent les exigences de réparations, au sein de procédures de justice transitionnelle et restauratrice qui doivent souvent composer avec des intérêts politiques à courte vue. Et, parmi les associations de familles de disparus et de victimes, les délais pour rendre la justice, les obstacles mis à dire ce qui s’est passé et à identifier des responsables d’actes atroces, imposent l’idée que les politiques de réconciliation ont peu à voir avec la vérité et la justice. Quant au pardon, un rejet salutaire à son égard s’est installé : appeler les victimes à pardonner à leurs bourreaux revient à faire reposer la réconciliation sur la conscience des premiers sans qu’aient été satisfaits leur besoin de vérité et la restauration de leur dignité. Cependant, le pardon reste une possibilité rare et imprévue.
Mais la réconciliation ne devient-elle pas franchement impensable après des périodes de violation des droits de l’homme, comme après l’apartheid en Afrique du Sud et le génocide au Rwanda — également dans les dictatures d’Amérique latine ? Et pourtant la Commission Vérité et Réconciliation de l’Afrique du Sud et les juridictions Gacaca du Rwanda ont non seulement affronté ce scandale, mais, dans le premier cas, lié la réconciliation de la société à la fondation d’un contrat pour une nation nouvelle ; dans le second, essayé de surmonter la souffrance des survivants devant les récits des atrocités commises et d’aller vers la vie commune sur les collines.
Plus de trente ans après la première expérience de réconciliation, il est possible de proposer des analyses des notions engagées dans ces politiques (quelle « vérité » ? quelle réconciliation ? quelle politique ?), de faire le récit d’expériences (en Colombie, au Pérou, en Afrique du Sud) et d’esquisser un bilan de ce qui a été manqué (Guatemala) ou seulement aperçu (l’Afrique des Grands Lacs) et de l’écart entre une utopie et les réalités individuelles (Rwanda).

Ont contribué à ce volume : Henri Bauer, Jean-Claude Bourdin, Laurence Cornu, Marie-Odile Godard, Alfredo Gomez Muller, Salomon Lerner Febres, Leopoldo Munera Ruiz, Cyril Musila, Philippe-Joseph Salazar